Ce week-end, il y a un marathon à Bethléem. Comme pour chaque marathon, les gens s’entraînent et se préparent à courir jusqu’à 42 kilomètres.

Mais ceci n’est pas n’importe quel marathon. Bien au-delà de la course, c’est un appel, un message fort. Ce marathon s’appelle “Droit au mouvement” et symbolise le combat quotidien de milliers de Palestiniens qui sont privés de leurs droits fondamentaux.

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De nombreux volontaires ont prévu d’y aller, certains y vont même pour participer à la course. J’essaierais moi-même de courir un peu moi aussi, si je n’avais pas été très malade ces derniers jours. Il vaut donc mieux que je garde mes forces. Nous nous rendons tous à à Bethléem jeudi, un jour avant le marathon, et nous passerons la nuit dans une auberge.

Certains d’entre nous décident de partir plus tôt que les autres, ce qui nous donne l’occasion de visiter la ville de Bethléem. C’est toujours un sentiment étrange de se trouver dans un des endroits dont nous avons tant entendu parler pendant nos cours de religion, quand nous étions enfants ; Jésus est censé être né ici. Nous avons l’occasion de voir cet endroit particulier, l’église de la Nativité, parmi d’autres lieux magnifiques que l’on trouve ici.

C’est une ville magnifique. Cependant, rien n’est plus beau que l’énergie qui y règne, le lendemain. Des gens de tous âges et de toutes nationalités sont présents. Certains marchent, d’autres courent, sur des distances plus ou moins longues. Mais cela ne compte pas. Ce qui compte, c’est que les hommes et les femmes sont tous unis ce jour-là pour les mêmes raisons, le même désir. Comme s’ils disaient aux Israéliens, au monde : “Vous pouvez tout nous prendre, mais vous ne pouvez pas nous enlever notre espoir. Nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que nous retrouvions notre liberté”. Quel exemple incroyable de protestation pacifique.

La route du marathon traverse plusieurs locations clés, le long du mur, à l’intérieur de camps de réfugiés et à côté des checkpoints israéliens, ce qui est très symbolique.

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L’entrée d’un camp de réfugiés. La clé est un symbole fort, ici.

Le matin, nous décidons d’aller voir les coureurs, et de marcher à leur côtés jusqu’au mur. C’est peut-être l’endroit le plus intéressant que j’ai vu jusqu’à présent en Cisjordanie. Je suis ici, confrontée à la matérialisation physique de l’occupation, devant le mur qui sépare les Palestiniens du monde extérieur. Mais ce mur est bien plus que du ciment et des tours de guet ; partout, je vois des messages d’espoir. Je vois des gens qui utilisent l’une des armes les plus puissantes qui existent : l’art.

Nous nous aventurons dans une ouverture du mur qui mène à un cimetière. Les tombes ne sont manifestement pas bien entretenues. Des Palestiniens sont enterrés ici, mais mon amie Dörte m’explique que leurs familles ne sont pas autorisées à leur rendre visite quand elles le souhaitent. Elles ne peuvent venir qu’une ou deux fois par an, avec une autorisation spéciale, ou elles risquent de se faire tirer dessus. Je lève les yeux vers une tour de guet, et un sentiment inquiétant s’insinue en moi. Savoir qu’ils sont là, qu’ils nous regardent marcher dans un cimetière qui n’est manifestement pas fait pour des gens que nous connaissons, et que la seule raison pour laquelle ils ne tirent pas, c’est que nous n’avons pas l’air arabe ; tout est dérangeant dans cette situation. L’une de mes photos montre une étoile de David surplombant des tombes avec des inscriptions en arabe…

Ce mur signifie beaucoup. Comment une telle chose peut-elle encore exister ? Ne sommes-nous pas censés être plus “évolués” ? Séparer les gens du reste du monde, ne pas leur permettre de partir s’ils le souhaitent, cela ne vous rappelle-t-il pas une situation similaire à celle qui s’est produite il y a un siècle ? Quelles que soient les raisons qui nous ont amenés à cela, quelle que soit la justification que vous voulez donner aux choses, ce n’est pas “qui a le plus souffert” qui est importante ici. Ce qui est important, c’est qu’il y a un putain de mur. Un mur. Il n’est même pas caché ou quoi que ce soit, vous ne pouvez pas nier son existence. Un mur qui est considéré comme illégal par le droit international, tout comme l’ensemble de l’occupation. Comment pouvons-nous laisser cela se produire ?

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Pendant le marathon, les choses deviennent violentes à un moment donné ; je ne sais pas ce qui se passe exactement, mais des soldats israéliens finissent par lancer des gaz lacrymogènes sur certains coureurs, obligeant tout le monde à faire un détour.
Dans l’ensemble, cependant, l’ambiance est très festive après le marathon, et c’est une impression positive et de bons souvenirs que nous gardons tous de cette journée.

Un grand bravo à tous les coureurs !!!

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