Je suis à Toulouse, dans une auberge de jeunesse. Mon pèlerinage commence dans trois jours. Dans la salle de bains de mon dortoir, je viens de m’observer longuement dans le miroir. Ma peau n’est pas très saine, je crois qu’elle est marquée par le stress de cet hiver. Les coins de mes yeux sont usés et rougis, et je sais que c’est dû aux trop nombreuses larmes qui y ont coulé. Cela faisait longtemps, que je ne m’étais pas réellement regardée.

C’est ça, que je m’apprête à faire, sur le Chemin de Compostelle: regarder, à l’intérieur de moi-même. Observer ce que j’y trouve, trier les émotions et les expériences qui s’y sont accumulées depuis tellement de temps, que je ne sais même plus par où commencer pour démêler les nœuds dans ma tête, les nœuds dans mon cœur. Cette étape est indispensable afin que j’aille de l’avant dans cette vie si mouvementée, j’en ai la certitude. Je sais aussi qu’elle ne sera pas facile, mais je me le suis promis: je ne baisserai pas les bras. Pas tant que je n’aurai pas retrouvé foi en moi et en le monde.

Je me souviens qu’au dehors, en venant ici, les rayons de soleil éclairaient la vallée et la neige couvrait encore le toit des montagnes. Je réalise que c’est le printemps. Le monde est en train de transiter de l’hiver à l’été, et moi aussi, je l’espère. Je ne veux plus être celle qui porte la tristesse sur son visage. Et si ça ne marche pas, je trouverai autre chose. Je me le dois, pour honorer le privilège de cette vie si riche en expériences, de mon monde intérieur si plein d’émotions, et surtout, de mes liens avec le monde extérieur si comblé en amitiés, si rempli d’amour.

Vous qui me lisez, vous qui avez partagé un bout de ma vie et de ma route, vous qui me montrez votre soutien de part vos mots et vos gestes, il faut que vous sachiez que sans vous, je ne serais rien. Vous donnez le sens à ma vie. J’ai tellement d’amour pour vous, que je m’en veux parfois de ne pas savoir comment vous le transmettre. Je m’en veux parfois de ne pas toujours être là, d’agir parfois égoïstement. Cependant, c’est aussi ça que je cherche, en accomplissant ce chemin: à me pardonner. C’est peut-être même le but ultime de ce voyage. J’ai un peu peur, car je ne sais pas ce qui m’attend de l’autre côté. Mais je sais que vous, vous serez là; et ça, c’est assez pour me faire avancer.

Sachez que moi aussi, je suis là.

Merci. <3

One thought on “Hola, Camino!

  1. Sophie,

    Merci pour ce bel article émouvant témoignant une partie de toi.

    Je me permets de soulever mon avis qui est le suivant : D’agir égoïstement n’est pas un geste inadéquat face à ton entourage. Personnellement, je n’ai jamais eu de geste égoïste de ta parts mais si un jour ça venait à arriver ça me montrerais que tu sais aussi te respecter ce qui est une forme de valeur importante envers soi-même. Bien sûr, l’égoïsme dans le raisonnable, on s’entend ! Ceci était la parenthèse ;).

    Envoles toi petit oiseau et reviens nous vite avec la joie de nous expliquer ce dont tu voudras mais surtout avec une conclusion positive sur ton expérience, car je le sais au fond de moi, que quoi qu’il arrive tu reviendras avec une peau belle et éclatante, le coin de tes yeux raffermit qui connaitront plutôt des larmes de joie que de tristesse et surtout des réponses envers toi-même !

    Je marque une touche d’attention particulière envers toi car, en effet, nous ne nous connaissons pas tant que ça finalement mais ce que tu fait, je l’admire sincèrement.

    Buena onda, pura vida et surtout force et courage à toi !

    Stef

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