Chers amis,

J’ai décidé de consacrer l’article d’aujourd’hui à un thème particulièrement d’actualité par les temps qui courent: la santé.

Plus précisément, je souhaitais explorer mon parcours personnel, après avoir été inspirée par une expérience très forte que j’ai pu vivre récemment.

Pour ce faire, je risque de toucher des sujets qui ne font pas l’unanimité ou qui ne sont pas forcément tous congruents avec la médecine moderne, c’est pourquoi je vous demande de rester critique et de ne pas trop vous baser sur mes mots pour faire des conclusions personnelles sur votre santé, tout en restant assez ouvert d’esprit pour tenter de comprendre mes positions.

J’ai toujours eu un rapport difficile avec mon corps. Aussi loin que je me souvienne, je l’ai détesté. Je lui attribuais beaucoup de mes problèmes, surtout à l’adolescence, car je le trouvais laid. Comme toute jeune femme en devenir qui grandit dans notre société moderne, je pensais que si je pouvais le faire ressembler aux standards de beauté, je serais plus populaire.

Alors, j’ai fait comme toutes les autres, j’ai fait ce que les médias m’ont dit de faire; pendant des années, j’ai martyrisé mon corps pour qu’il se conforme à l’image parfaite que j’espérais pour lui. J’ai couvert ma peau, mes poils, mes ongles de dizaines de produits par jour, j’ai teint, lissé et bouclé mes cheveux, j’ai décoloré, rasé, coupé, épilé mes poils sans relâche, j’ai maquillé, j’ai blanchi mes dents, j’ai percé des trous dans ma peau. J’ai porté des lentilles malgré de fortes réactions de rejet chaque fois que je les mettais et chaque fois que je les enlevais, jusqu’à ce qu’à force, mes yeux s’habituent enfin. Quand ce fut le cas, j’étais assez âgée pour enfin les opérer, enfin enlever ces lunettes qui me rendaient vilaine. J’ai porté des bijoux des heures durant malgré mes allergies aux métaux, je me suis forcée à rester dans mes chaussures à talons jusqu’au bout de la nuit, jusqu’à ce que les litres d’alcool ingurgités me fassent oublier la douleur. A force, mon corps s’est transformé en cocktails de produits chimiques mijotant dans un verre fissuré, mais joli.

Allez, je suis gentille, voici un aperçu de ce à quoi je ressemblais à mes 16 ans:

Valencia, 2010

C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à prendre la pilule, parce que la grande majorité des garçons avec qui je couchais ne “supportaient” pas le préservatif et que je n’avais pas encore assez de recul pour comprendre que j’avais également mon mot à dire. Faut dire que ça m’arrivait plutôt rarement, en fin de compte, de coucher avec des garçons. J’ai donc commencé à prendre une petite pilule bourrée d’hormones chaque jour, et ainsi influencer lourdement sur les processus naturels de mon corps durant une phase critique de son développement. Tout ça, pour qu’une fois de temps en temps, un membre de la gent masculine puisse prendre son pied sans être trop gêné par un bout de plastique. Moi, j’étais déjà très contente si je n’avais pas eu mal durant le rapport, mais ça s’arrêtait à peu près là. Au moins, je n’allais pas tomber enceinte.

Pourtant, je n’avais pas conscience que je perdais au change, parce que je faisais ce que tout le monde faisait, et que ça devait donc être normal. Je n’ai pas bronché pendant mes visites annuelles chez le gynécologue, au terme desquelles j’avais souvent droit à deux ou trois remarques sexistes. Une fois, il m’a suggéré de faire de la chirurgie plastique là en bas, vous savez, pour que je puisse ressembler un peu plus aux femmes qu’on voit dans les porno. Un autre jour, il a fait une blague salace alors qu’il me touchait les seins, c’était dégueulasse. En fait, c’est ça: mon corps, je l’associais surtout à des choses dégueulasses.

Heureusement, à 20 ans, je suis partie voyager, ce qui m’a forcée plutôt brutalement à remettre en question mes priorités. J’ai découvert une façon d’évoluer dans le monde où ce que je disais, ce que j’incarnais comptait plus que l’image que je renvoyais. J’ai tout envoyé boulé et adopté un look beaucoup plus naturel, beaucoup moins chiant à porter, surtout. Ironiquement, c’est à cette période-là que j’ai commencé à devenir sérieusement plus attirante aux yeux des hommes, parce que la confiance en soi, c’est quand même bien plus sexy que le maquillage.

Perth, 2013

J’ai fini par troquer la pilule pour un stérilet, parce que j’étais trop tête en l’air pour la prendre tous les jours. Ce petit bout de plastique est resté en moi durant plus de trois ans. Cela m’a fait un mal fou quand le gynéco me l’a mis, et j’ai saigné en continu durant des mois. Quand mon corps s’est enfin adapté, j’ai trouvé ça génial de ne plus avoir à me préoccuper de ça.

Parallèlement, on ne peut pas dire que je prenais beaucoup soin de mon corps à d’autres niveaux non plus. J’ai toujours mal mangé. Petite, mes parents nous nourrissaient de repas super nutritifs, mais ils me donnaient du lait et des céréales le matin, comme tout le monde, en pensant probablement que cela faisait partie d’une alimentation équilibrée puisque c’est ce que les grands lobbys de l’industrie paient pour qu’on le croit. J’étais friande de sucreries et autres plats hyper transformés, je me préparais quatre énormes tartines au Nutella chaque jour en rentrant des cours… Je n’ai jamais eu trop de problèmes avec mon poids, je n’avais donc pas à faire attention. J’ai mangé n’importe comment pendant des années et des années, en plus de boire comme une dingue en soirée, fumer comme un pompier et ne pas pratiquer beaucoup de sport.

Longtemps, ça a marché. J’étais jeune et insouciante, mon corps a bien supporté mes conneries pendant une éternité. A part quelques allergies alimentaires un peu embêtantes s’étant soudainement déclarées à l’adolescence et une anémie plus ou moins constante, je ne pouvais pas me plaindre de trop problèmes de santé. Les choses ont commencé à déconner lentement, sans vraiment prévenir. Ça a commencé avec des nausées. Je me suis rendue compte que tous les jours, je sentais une légère envie de vomir, tout le temps. Puis, la fatigue a commencé à s’installer.

La fatigue, c’est vicieux. C’est comme un poids très lourd que l’on porte constamment, mais qui est invisible pour les autres. Le pire, c’est qu’il est très facile de la confondre avec de la paresse. Moi, au fil du temps, j’ai un peu mélangé les concepts; je me décris comme une personne plutôt paresseuse. Pourtant, j’adore être active, j’adore créer, et je crois avoir démontré que je ne suis pas trop du genre à stagner trop longtemps au même endroit. Mais quand on se sent un peu fatiguée, un peu tout le temps, forcément, la moindre activité nous coûte, et on finit par chercher un endroit pour pouvoir se reposer plus souvent que les autres.

Nablus, 2016

La fatigue est aussi vicieuse car elle est un symptôme plutôt que la cause du problème. L’un d’entre eux, c’est la dépression. Mais quand on vit depuis plusieurs années en étant tout le temps un peu déprimé, on ne réalise pas forcément que ce n’est pas normal. Tout de même, quand j’ai compris que mes envies de mourir n’avaient pas disparu avec mon entrée dans l’âge adulte, je me suis demandé si ce n’était pas plus qu’une simple crise adolescente. D’autant plus que plus le temps passait, plus je devenais consciente de mes humeurs. Celles-ci étaient devenues incontrôlables. Je pouvais être sur le toit du monde un matin, et au fin fond de l’enfer le soir.

Au début, j’ai tout attribué à mon mental. Je n’étais pas dans mon élément, pas au bon endroit. En partant de mon pays, j’ai cru que j’échapperais à mes démons. En chemin, pourtant, j’ai compris que si j’écoutais ma voix intérieure, j’étais un tas de détritus qui ne méritait l’amour de personne et que ça, c’était peut-être un problème. Il fallait que je commence à sérieusement travailler sur mon estime de moi. Ce faisant, j’ai voulu prendre plus soin de moi. Et donc, j’ai posé des questions. J’ai demandé, “pourquoi est-ce que j’ai l’impression d’avoir si peu de contrôle sur mon corps et mon esprit?”. En cherchant des réponses, j’ai vu qu’il existait des pétitions de milliers de femmes qui avaient porté le même stérilet que moi et cherchaient à le faire interdire, à cause de ses effets secondaires nocifs. Parmi ceux-ci: sautes d’humeur, fatigue, nausée. Tiens donc.

Le gynécologue m’a ri au nez et s’est bien moqué de moi, m’accusant d’être “encore une de celles qui avait passé trop de temps sur internet”, ignorant complètement mes inquiétudes à propos de mon état de santé. Il a bien voulu me retirer mon stérilet, “mais c’est bien parce que tu l’as porté assez longtemps et que tu l’as donc rentabilisé”. Ce connard a dû se dire que c’était tout dans ma tête, quand en l’espace de quelques mois, mes nausées ont complètement disparu. (Pas besoin de vous préciser que ce type n’est plus mon docteur.) Ma fatigue, elle, est restée.

Entre temps, mon ex était décédé et je sortais tout juste d’un cauchemar éveillé de plusieurs mois en compagnie d’un manipulateur narcissique. Mon corps squelettique a pris plus d’un an à retrouver un poids plus ou moins normal, mais mon esprit souffre encore aujourd’hui des cicatrices laissées par des mois d’abus psychologique. Le point positif, c’est que tout ça ne m’a pas laissée d’autre choix que de devoir sérieusement apprendre à m’aimer. L’expérience du Chemin de Compostelle a été extrêmement positive à ce niveau-là, car pour réussir à arriver au bout de 900 km de marche, je n’avais d’autre choix que d’être consciente de mon corps, ce que je lui demandais, et en prendre soin chaque jour. Je n’ai jamais été aussi fière que le jour où je suis arrivée au bout. J’étais dans la bonne direction.

Santiago de Compostela, 2018

J’ai continué à chercher des réponses à mon mal-être. En effet, voilà un certain temps que les douleurs de ventre qui s’emparaient de moi chaque mois avant mes règles étaient devenues non seulement de plus en plus violentes, mais elles commençaient à être de plus en plus présentes tout au long de mon cycle. Elles se manifestaient en moi comme des coups de poignard venus de l’intérieur, des coups que j’ai longtemps caché, pensant que c’était normal, qu’il n’y avait pas de quoi se plaindre. Ça, et le fait que chaque fois que je me rendais chez le médecin pour être sûre que je n’avais pas attrapé je-ne-sais-quelle maladie tropicale, elle me renvoyait à la maison en me disant que tout était “dans ma tête”. Ben oui, quand une femme dit qu’elle a mal, il ne faut pas trop s’inquiéter, elle fait sûrement son hystérique… Ça a duré longtemps, ça a pris plusieurs consultations infructueuses.

Un jour, je suis tombé sur un article en ligne qui parlait d’endométriose, une maladie chronique provoquée par un dysfonctionnement du tissu de l’utérus, celui qui s’évacue normalement durant les règles. En gros, celui-ci va se balader là où ne faut pas, et créer des kystes et des lésions sur d’autres organes. En lisant la liste de symptômes, je me suis reconnue dans chacun d’entre eux. J’ai soulevé la question dans mon entourage, et j’ai eu droit à beaucoup de: “Mais non Sophie, bien sûr que tu n’as pas ça. Tu es un peu stressée, c’est tout.” C’est moi qui ai dû en parler à mon médecin, la peur au ventre qu’elle ne me prenne pas au sérieux. Elle m’a guidée vers une spécialiste, et après une conversation avec elle, celle-ci était déjà plutôt certaine que j’avais de l’endométriose. Vous n’avez pas idée du poids que ça m’a enlevé, d’être enfin prise au sérieux. Un IRM plus tard, le diagnostic était quasiment confirmé, puisque j’avais une lésion visible, même si pour être sûr que c’était bien ça, il fallait m’opérer.

La doctoresse m’a proposé deux options: soit je pouvais me faire opérer pour confirmer le diagnostic et enlever les lésions au passage, ce qui soulagerait instantanément mes douleurs, soit je pouvais prendre une pilule en continu qui stopperait mes règles et éviterait que la maladie se propage. Dans les deux cas, cela ne soulagerait que les symptômes, puisque cette maladie ne se guérit pas. Les hormones, j’avais déjà testé, et ça m’a pris tellement longtemps pour obtenir un semblant de stabilité mentale que je n’avais pas très envie de m’amuser avec ça. D’ailleurs, c’est depuis que j’ai mis un stérilet que tous ces problèmes me sont apparus. J’ai donc choisi la deuxième option.

Il y en avait une troisième, mais elle n’est pas forcément encouragée par le milieu médical, et surtout beaucoup plus lente et difficile à mettre en place. Il fallait que j’adapte mon alimentation, en éliminant tout ce qui est inflammatoire dont le gluten et les produits laitiers. Je me suis dis que puisque je ne prendrai pas de pilule, je pourrais enlever les lésions et puis commencer ce nouveau régime afin de repousser le moment où elles reviendraient. Je crois qu’il me fallait surtout un changement brutal pour me forcer à prendre des habitudes plus saines, parce que manger bien, ça n’a jamais été mon fort.

Otavalo, 2020

Cette opération a été le plus gros regret de mon année. Bien qu’elle se soit bien passée, elle n’a non seulement pas réussi à se débarrasser de mes douleurs, mais les a décuplées. J’ai atteint un point où il n’y avait presque pas un jour qui se passe sans que mon corps ne soit emparé de crampes violentes. Par dessus ça, mon système immunitaire a été grandement affaibli, et je suis tombée malade un nombre incalculable de fois depuis mon départ de Suisse, quelques semaines après l’opération. Mon ventre porte à présent les cicatrices de cette mutilation que je lui ai fais subir inutilement, et je n’ai eu d’autres choix que de radicalement adapter ce que je mange, car un régime anti-inflammatoire est devenu bien plus que quelque chose que je devrais faire pour être en meilleure santé; il est à présent une nécessité. Il me demande patience et persévérance, mais après plusieurs mois, je commence clairement à ressentir ses effets positifs.

D’accord, tout ça c’est très bien, mais vous devez sûrement vous demander où est-ce que je veux en venir. Et bien, si je vous raconte tout ceci, c’est que je voulais vous fournir un certain contexte à propos de mes batailles avec ma santé avant de vous parler d’une expérience toute récente. Le chemin a été long et est encore bien loin d’être fini. Au fil des années, j’ai expérimenté beaucoup de médecines alternatives, certaines avec plus de succès que d’autres. Dernièrement, je me suis rendue dans la jungle amazonienne afin de rencontrer “la Mère Ayahuasca”, comme on l’appelle.

Ça a été une expérience riche en enseignements qui, même si elle ne m’a pas complètement guérie, aura je l’espère au moins boosté mon système immunitaire et aidé à comprendre certaines choses à propos de mon esprit. Car bien évidemment, même si je ne l’ai pas précisé explicitement, j’ai l’intime conviction que corps et esprit sont liés de façon spectaculaire. J’ai donc choisi de vous emmener à nouveau dans mon intimité pour vous raconter tout ceci, et ainsi vous offrir ma perspective sur cette drogue médicinale mystique, à la fois crainte et admirée, en vous parlant de l’expérience que j’en ai faite. Cependant, comme j’ai beaucoup écrit déjà sur ce post, je vais vous faire patienter un peu et vous raconter tout ça dans un autre article…

A bientôt!

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