Je suis dans l’avion qui se dirige vers Tel-Aviv. J’ai le trac.

Je m’apprête à passer trois mois en Palestine. Si,si, en Palestine. Certains pensent que je suis folle. Peut-être qu’ils ont raison, je sais pas, je ne m’en rends pas vraiment compte. En fait, je ne réalise pas encore vraiment ce qui m’attend, je préfère ne pas trop y penser. Je sais que la réalité n’est jamais trop comme on se l’imagine, alors je n’imagine pas trop.

D’ailleurs, le trac, c’est pas pour ça que je l’ai. C’est le passage de l’aéroport qui me stresse : c’est ce qui arrive, quand on passe trop de temps sur internet, à lire des histoires de personnes qui doivent y rester plus de cinq heures, d’un interminable interrogatoire sur les raisons de leur présence à l’issue duquel certains se font parfois renvoyer dans leur pays. Israël, m’a-t-on dit, détient les meilleurs services secrets de la planète. Les meilleurs. Et moi, je suis supposée traverser leur douane, comme si de rien n’était, en mentant totalement sur les raisons de mon séjour. J’ai même acheté un billet d’avion hors du pays, pour un prix dérisoire, afin que mon histoire tienne la route. J’ai préparé un itinéraire, et je vais leur donner le nom de mon ami israélien que je compte visiter.

Ça y est, le moment crucial est arrivé. L’air est plus chaud, ici. L’attente est plutôt longue au contrôle des passeports, le temps de m’imaginer les pires scénarios dans ma tête. Pourtant, une fois devant la femme souriante qui prend mes documents, les choses se passent beaucoup plus facilement que prévu. Elle me pose quelques questions : « Pourquoi es-tu ici ? Où vas-tu aller ? Connais-tu quelqu’un ? Où l’as-tu rencontré ? ». Et voilà, quelques secondes plus tard, je suis libérée, un énorme sourire sur mes lèvres. J’ai passé le premier niveau.

Je me fraie un chemin jusqu’à l’auberge de jeunesse dans laquelle j’ai réservé une nuit, après avoir pris un train jusqu’au centre de la ville. L’endroit est une très agréable surprise : il y a plein de voyageurs venant des quatre coins du monde, l’ambiance est super sympa, chaleureuse. En quelques heures, je rencontre et discute avec plein de nouvelles personnes, et je sors même prendre un repas avec un petit groupe qui célèbre l’anniversaire de l’un d’entre eux. Les prix sont élevés, ça me surprend. A un moment, nous parlons de nos projets, et je décide d’être honnête : je leur mentionne que je m’apprête à me rendre en Palestine. Un américain répond : « Tu veux dire, en “Palestine”» , en montrant clairement le mouvement des guillemets avec ses doigts.  Quelqu’un d’autre s’empresse d’ajouter « Ne commençons pas à parler de politique ». Je suis d’accord, je me tais.

Plus tard, j’ai l’occasion de reparler avec un australien du sujet. Il a des origines juives, il est venu ici par un voyage organisé. Notre échange est très intéressant, puisque nos opinions divergent un peu, mais nous nous mettons d’accord sur un point essentiel : nous sommes du côté de la paix.

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Je repars donc le lendemain matin, reconnaissante de ces rencontres. Les choses sérieuses commencent pour moi. Je me rends à la gare d’où je prends un taxi partagé jusqu’à Jérusalem. A peine le temps d’apercevoir les splendeurs de cette ville que je dois remonter dans un autre bus, pour Ramallah cette fois-ci. Il faut vraiment que je revienne. Très vite, nous arrivons à la frontière israélo-palestinienne. Je suis fascinée et effrayée à la fois. Il y a tellement de militaires, de fils de fers barbelés. Le bus a une autorisation spéciale, il contourne la file de véhicules, ce qui me surprend : personne ne viendra contrôler mon passeport. J’aperçois un panneau : « L’entrée pour les citoyens israéliens est interdite. Danger de mort et contre la loi. », plusieurs fois. De l’autre côté, je peux voir des graffitis sur le mur séparant les deux côtés, l’un me marque particulièrement. «  Un mur, deux prisons. »

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Dernier changement à Ramallah, pour Naplouse cette fois, là où je vais passer trois mois. Le trajet total aura duré trois heures. Les locaux ont tous été super aimables et d’une aide précieuse pour trouver mon chemin. Sur place, un taxi me dépose devant les bureaux de « Project Hope », l’association avec laquelle je vais travailler. Je suis accueillie très chaleureusement par des membres du groupe, qui se présentent et me souhaitent la bienvenue.

Tawfiq, qui me prend en charge, me fait signer quelques papiers avant de m’emmener faire un premier tour des environs. Il me montre la vieille ville, à quelques pas de là, où églises et mosquées cohabitent. Alors que nous déambulons dans les charmantes rues où se présentent les divers marchés locaux, il me raconte quelques anecdotes concernant nos différences culturelles, et me parle des spécialités du coin. Nous nous arrêtons pour déguster du « Kanafeh », sorte de pâtisserie faite à partir de fromage et miel. C’est délicieux.

Tawfiq m’emmène au carrefour principal de ville, et m’explique que les protestations ont souvent lieu ici. Nous entendons des avions militaires voler au-dessus de nous, il m’indique que ce sont les Israéliens. Il évoquera plusieurs détails de ce genre, comme la répartition de l’eau, qui équivaudrait à un litre pour les Palestiniens contre cinq pour les Israéliens. Je réalise encore avec difficulté l’ampleur de la situation, mais suis choquée d’apprendre, lorsqu’il me montre les alentours depuis le balcon de son bureau, qu’au sommet d’une montagne surplombant Naplouse se trouve une base militaire israélienne, prête à sortir les armes à n’importe quel moment. Il me pointe également les camps de réfugiés répartis autour de la ville, y compris celui dans lequel il a vécu jusqu’à ses 20 ans. Il m’explique qu’il n’a pas eu la chance de recevoir une éducation, enfant, et qu’il veut l’offrir aux générations futures.

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L’appartement des filles se trouve juste un niveau plus bas, et mes colocataires sont enfin arrivées après leur journée de travail. Je rencontre toute l’équipe : il y a une Française, une Hollandaise, une Anglaise, une Allemande et deux Américaines. L’ambiance est géniale, toutes les filles sont super sympas et me font tout de suite sentir comme chez moi. Il y aussi les volontaires masculins, qui logent dans un autre bâtiment, et que j’aurai l’occasion de rencontrer plus tard.

Mais pour l’instant, il me reste à suivre un de mes cours de l’université en ligne avant de plonger dans les bras de Morphée. La journée aura été longue. Je commence déjà à tomber amoureuse de l’endroit…

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One thought on “Premières impressions

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